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Bibliophilie : la substantifique moelle du livre

Livre d’artiste, objet, livre-objet : où est la frontière entre ces différentes formes ? La limite est parfois floue, la question interroge la réalité plurielle du livre lui même.

Dans le cas d’un roman, la question ne se pose pas vraiment. Pas du tout même. Un roman a des pages, une couverture, un dos, une quatrième de couverture. Bref, un roman est un livre, point. Pour ce qui est d’un livre d’artiste, tout se complexifie, tout se floute. Les définitions se succèdent, en vain. Pour certains, le livre d’artiste se caractérise par une forme proche du livre, ou tout du moins, une forme s’inspirant de « l’esprit » du livre. Pour d’autres, la question n’a pas lieu d’être. En effet, si l’on considère le livre comme une succession d’espaces de l’imaginaire et non comme une séquence de pages où sont entreposés et classés des mots dans un ordre établi, alors le livre d’artiste prend tout son sens : une succession d’espaces artistiques, un amoncellement organisé de gravures/peintures/écritures/etc. Ces œuvres, principalement éditées par le Petit Jaunais, trouvent depuis plusieurs années une place de choix à la médiathèque Hermeland de Saint-Herblain.

© Tiphaine Rautureau

© Tiphaine Rautureau

En ce sens, le livre d’artiste n’est autre qu’une scène de théâtre. L’artiste s’y exprime tel un acteur-auteur, donnant vie à son imaginaire. Cependant, à la différence d’un roman, un essai ou encore un recueil de poèmes, où l’auteur-guide prend le lecteur par la main tout au long d’un chemin délimité, le livre d’artiste implique un acteur-lecteur pour le manipuler, lui conférer du sens, lui donner corps. Traduction : le livre d’artiste n’existe que grâce et qu’à travers son lecteur. Ce même lecteur qui, avide, utilise ses petites mains curieuses pour ouvrir, feuilleter, trier, placer les pages/objets constituant le « livre » comme bon lui semble. L’artiste devient alors un être abstrait, une sorte d’auteur-passif qui ouvre grandes les portes de son imaginaire. Invite au lecteur de s’y installer, et d’y tracer son propre parcours.

Tentons une autre approche. L’objet livre tient son statut de livre de sa forme (à savoir une couverture, une reliure, des pages que l’on tourne). Le livre-objet tient son statut de livre de la narration (c’est-à-dire l’histoire qu’il raconte). Ainsi, l’objet livre se rapproche d’un livre traditionnel. En revanche, le livre-objet bouleverse les codes, les habitudes du lecteur. Il va chercher une acceptation dans les recoins les plus enfouis du cerveau humain. « Qu’est-ce donc que cet objet ? ». C’est un livre bien sûr. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’un livre est un espace imaginaire où l’auteur-artiste dépose une histoire, une parcelle de vie, un bout d’âme. Le lecteur n’a plus qu’à cueillir cette fleur qui bourgeonne. Alors, un rouleau à pâtisserie gravé est un livre. Alors, une boîte pleine de planches de verre peintes est un livre. Alors, un morceau de plastique colorié est un livre.

Bref, les frontières entre livre et objet sont floues, tout simplement parce qu’un livre n’a de limites que celles fixées par le lecteur.

Hors les murs, 16 janvier 2015 | Intervenant : Nicolas Cheviré, bibliothécaire

Médiathèque Hermeland, rue François Rabelais à Saint Herblain

Par Séverine LE BUREL, promotion 2014-2015