Nous flottons dans l’espace, en orbite autour de la géante Saturne

L’air est doux, et nous avons la chance d’être entourés de beaucoup de verdure. Nous avons réussi à recréer des paysages familiers, que l’on aurait pu rencontrer des années auparavant sur notre ancienne planète : la Terre. Les jours sont incroyablement plus longs que sur la Terre, mais nous avons adopté un nouveau mode de vie. Nous avons survécu. Mais notre plus grand souhait est surtout de garder un souvenir de notre ancienne vie, bien différente de celle-ci.

Dans une des maisons sillonnant les champs verts de la station Cooper, des écrans plats  jouent en boucle les témoignages de plusieurs personnes ayant vécut sur Terre. Placés à l’entrée de celle-ci, mais également à l’intérieur. Cet endroit, inhabité, se nomme «Cooper House Musueum». C’était autrefois la ferme dans laquelle vivait Murphy et son père sur Terre, et lorsqu’elle arriva ici, Murphy décida de la transformer en musée. Les habitants peuvent y rentrer gratuitement et écouter les paroles du passé.

Une enfant, lors d’un après-midi, s’arrête devant ce musée, intriguée par le son émanant de celui-ci. Une femme, nommée Murphy, apparaît sur un des écrans. Ici, tout le monde la connaît. Avant d’arriver sur la station Cooper, il fallait résoudre l’équation qui permettrait de transférer les Hommes dans l’espace. Les scientifiques tentaient en vain de comprendre comment se déplacer sur cette station sans y perdre la vie. L’entreprise était délicate. Murphy, physicienne, les a aidés en emportant ses connaissances. C’est une femme remarquable.

L’enfant lâcha la main de sa mère, s’approcha de la pièce principale et leva les yeux sur cet écran. Elle reconnut Murphy, filmée en gros plan, dans une chambre sombre, regardant la caméra et racontant son histoire. Elle était désormais très âgée, mais dans son regard brillait une teinte de nostalgie, lorsque celle-ci évoquait sa vie d’antan, et sa relation avec son père, Cooper.

«Mon nom est Murphy. L’histoire que je vais raconter me tient à cœur et celui qui la trouvera aura une trace de mon passé.»

L’enfant s’est assis en tailleur, et a tendu l’oreille. Elle ne connaissait rien de la Terre. Cette histoire l’intriguait.

«Mon père s’appelait Cooper. Je l’admirais énormément. Des dizaines d’années auparavant, rien ne prédisait notre séparation. Dès mon plus jeune âge, il me transmettait sa passion pour l’astrophysique. Autrefois pilote de renommée au sein de la NASA, il avait décidé de devenir agriculteur dans notre ferme familiale, en Arizona. Mon père ne parlait pas beaucoup de son ancien travail. Je sais que s’il a décidé de partir, c’est par amour pour moi et mon frère.
La maison où nous vivions m’était très chère, c’est d’ailleurs là que tout a commencé. Des événements étranges ont fait leur apparition lorsque j’avais dix ans. J’ai longtemps cru que ma chambre était hantée. Je passais des heures à observer les livres de mon étagère, qui tombaient souvent en mon absence, dans la même disposition. J’y voyais là un certain message que je m’efforçais de décoder. Mon père n’aimait pas que je me prête à ce genre d’activité. Même s’il avait quitté la NASA, je savais que l’avenir de notre planète l’inquiétait toujours, et qu’il jouerait un rôle principal pour notre survie. La Terre allait mal. Une crise alimentaire s’était installée, et l’air se polluait petit à petit. L’humanité n’avait plus foi en son destin. Aussi, l’éducation scolaire changeait. On essayait de nous faire croire que les exploits Apollo n’étaient que mensonges, des manœuvres simplement destinées à ruiner l’URSS… Je ne les croyais pas. Au fond de moi, j’avais de l’espoir pour quelque chose de meilleur.


Un jour, une tempête de poussière a frappé notre région. Je m’en souviens très nettement. J’assistais au match de base-ball de mon frère lorsque nous avons du rentrer en urgence. La fenêtre de ma chambre était restée ouverte. J’ai appelé mon père. Nous avions découvert au sol des traces de poussière délimités succinctement, comme si quelque chose voulait nous délivrer un message. Mon père affirmait que ce phénomène était dû aux ondes gravitationnelles. Ce concept, bien que très scientifique, m’interpellait beaucoup. Les traces aux sol indiquaient finalement des coordonnées géographiques. Elles menaient à une réserve secrète appartenant à la NASA. Nous nous y sommes rendus, et, cette nuit-là, notre destin s’est dessiné.»

Qui aurait pu prédire que nous nous adapterions si bien à cette nouvelle vie? Nous respirons facilement, la gravité est sensiblement la même que sur Terre. Parfois, il serait facile d’oublier que nous ne sommes pas nés ici. Nous vivions parmi les planètes rocheuses, la Lune orbitant autour de nous. Désormais, notre place est parmi celles des planètes gazeuses, les Géantes, et c’est Saturne qui danse avec nous.

 

Un bruit suspect inquiéta soudain l’enfant

Elle détourna la tête et se rendit compte que d’autres personnes se tenaient derrière elle. Bientôt, la pièce se remplit complètement. Les gens semblaient captivés par le récit de Murphy. Tous lui étaient reconnaissants. Cette seconde chance, cette seconde vie, était possible grâce à sa contribution au sein de la NASA. L’enfant se retourna vers l’écran pour écouter la suite du récit.

«J’avais donc dix ans lorsque mon père est parti. Ma génération serait la dernière à survivre sur Terre, et la NASA avait pour objectif de trouver une planète habitable où nous pourrions nous réfugier. Combien de temps restait-il?

Après notre visite à la réserve, mon père n’a cessé de songer à cette mission spatiale. Nous n’étions pas censés être au courant, mais l’avenir en a voulu autrement. Nous avions découvert cet endroit et leur secret. Et, malgré l’amour qu’on se portait, mon père décida d’y participer.

J’ai grandi et je suis devenue physicienne au sein de la NASA. La vie sans lui était vide de sens, mais il avait fait son choix et le sort de l’humanité me préoccupait énormément.

J’avais une trentaine d’années lorsque j’ai enregistré la première vidéo que mon père recevra à bord de son vaisseau. Cela a du lui faire un choc. J’aurai pu décider de rester en contact avec lui dès son départ, mais je lui en voulais beaucoup de s’en être allé. Je sais qu’il attendait de mes nouvelles, là-haut, à des milliards d’années lumière…Je n’ai aucune idée de sa position, mais mon coeur sait que le voyage du retour est incertain. Nous ne sommes pas maîtres du monde, là-haut!

J’avais désormais son âge lorsqu’il a quitté la Terre… Et aujourd’hui, j’ai quatre-vingt cinq ans. » 

L’humanité a été sauvée. Nous vivons désormais sur un satellite, nommé Cooper Station, près de Saturne.

J’ai fondé une famille, mais je n’oublie d’où je viens. Je songe chaque jour à mon père et son équipage. Que sont-ils devenus ? Nous devons reconnaissance aux grands Hommes scientifiques, partis dans l’espoir de trouver des réponses, et je n’oublierai jamais ce que cette histoire m’a transmise : «l’amour est l’unique chose capable de transcender l’espace et le temps».