C’est l’histoire de personne, quelqu’un comme tout le monde.

Il a la face ridée comme un vieux caillou. Un caillou qui aurait du vécu, de nombreux voyages derrière lui. Un caillou éraflé puis brisé, un caillou plein de boue, lavé par la pluie, cuit par le soleil. Un caillou vraiment très très vieux. Cela le fait rire. Il s’appelle Pierre et il est aussi vieux qu’un caillou.

C’est un homme. Il est seul, il ne sait pas, il ne sait rien. C’est un homme qui apprend, qui rencontre et qui réalise qu’il n’a pas d’identité. Il n’a ni nom ni prénom, personne ne l’appelle, on l’interpelle. On n’a pas de nom non plus. Mais lui, c’est le premier. Il était là avant on. Lui, c’est le premier, c’est Anonyme.

Vint un jour où on en a eu marre d’interpeller, et Anonyme aussi. Alors un jour, Anonyme a brisé la boucle. Anonyme est sorti du lot, de l’anonymat. Il s’est levé sur ses jambes, s’est tenu droit et il a dit « Je ne suis pas Anonyme, je ne suis pas comme chacun de vous, désormais… » Il s’interrompt, regarde autour de lui « … Désormais on m’appellera ! On m’appellera Pierre. »

Il est encore premier. Cela devient une habitude chez lui. Il est le premier en tout. Malheureusement ce n’est pas toujours la chose la plus prudente à faire, être premier. Il a voulu un nom, il aura la mort. Il a vécu longtemps pourtant, les trois quarts de sa vie dans l’anonymat, le restant de ses jours vieux comme un caillou… Maintenant on, toujours anonyme, veut le pendre. Pierre est bien vieux, il n’a pas le courage de résister. Il est quelqu’un et il se demande s’il restera Pierre, là où il va.

La corde est rêche. Mais il sait qu’elle est solide. On l’a fabriquée. Une corde fabriquée par on, c’est pas simple a casser. Alors voilà, il n’est plus Anonyme mais il va connaître son dernier collier, une corde fabriquée par un autre, un anonyme.

Et c’est à l’arbre de penser « Une pierre qui pend à un arbre, voilà quelque chose d’incongru. » Après tout, nous sommes tous Anonyme, dans cette immensité qu’est la vie, et tôt ou tard, nous serons vieux comme la pierre et nos os nourriront les racines d’un arbre.

 

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