Exercice 1 – Voir vertical (écriture via cartes, avec François Bon)

Dans ce premier exercice, nous nous intéresserons aux lieux via le web, vus donc via des cartes, et majoritairement via google earth. (ci-dessous, en bas de page: intégration d’image et de lien de l’IUT, où nous nous trouvons / de deux façons, via l’outil capture de windows / ou via touche impr-écran puis recoupe dans paint).

Le livre de François Bon sur publie.net, « Une traversée de Buffalo » est une interrogation fondamentale de notre rapport au territoire et à son inscription – il réfléchit l’ambigüité de ce rapport ; la carte constitue l’ensemble de signes fondamental, l’écriture de l’espace – mais la carte est aussi (c’est très explicite face aux images satellites de google earth présentes dans le livre) une abstraction déconcertante – selon d’où et comment on la regarde.

Les cartes de google earth (réflexion perso, hors Buffalo) accentuent ce vertige de proximité-versus-abstraction que nous fait toujours la carte : comme lorsqu’on se googlise, qui n’a pas, dans son premier usage de google earth, tenté la promenade dans l’extrêmement familier, et affronté ce trouble essentiel d’y reconnaitre son quotidien vu d’avion (ceci est ma voiture, ceci est mon jardin, ceci est mon école), et d’aussitôt, collé, s’en être trouvé détaché, perdu presque : la carte c’est un dessin du monde (et de moi dedans), mais la carte n’est qu’un dessin, agglomération abstraite de pixels.

La proposition d’écriture : « aller chercher » une image de ville inconnue dans google earth, où vous n’avez jamais mis les pieds. Écrire un déplacement dans cet espace, documenté par ce que vous offrent la carte et ses extensions. »

extraits

« Les rues mêmes étaient géométriques, parallèles, bien trop longues pour qu’on s’interroge sur les distances parcourues. Au loin, les voies rapides permettaient d’ignorer  tout. De près, sans doute, savait-on aussi identifier, reconnaître, attribuer une fonction. Moi, dans cette immensité humaine, je savais qu’ils avaient inséré des signes. Que ces signes résidaient dans les géométries fixes, si on voulait bien se donner la peine de les surprendre. Je comptais les lignes, je comptais les cercles. Y avait-il une loi à l’orientation des aiguilles de ce qui semblait, comme sur anciens manomètres ou compteurs, mesurer le dérèglement de la ville, la montée en puissance de la ville, quand la pression devenait
dangereuse ? Et si on retournait ça plan sur plan, qu’on démontait le couvercle, il y avait quoi, dessous, qui reliait chacun des compteurs à tel bloc ou quartier ou immeuble,
ou écluse, ou pont, ou autoroute ? Et si on enfonçait un des poussoirs dans le sol, changeait-il de couleurs comme dans ces jeux où gagne le premier qui a aligné cinq de ses jetons ? Il s’en ensuivait quoi, pour la ville. Enfin saurait-on comparer avec la même photo prise un an avant à même date, ou un mois plus tôt à même date, ou bien même d’une nuit à l’autre nuit ? Dans les plus anciens rituels, il n’y avait pas une organisation du cercle et des lignes qui n’ait été un témoignage de ce qui nous relie, pauvre humanité
de surface, à des forces telluriques bien autres. La ville, ici, qu’elle avoue son mystère ! »

« Où est ta maison ? Reconnais-tu ta maison de toutes les maisons ? As-tu quelque part dans la ville ou sur l’ensemble de la terre un lieu dont tu puisses dire : ceci est ma maison, ceci est l’endroit où je suis sur terre ? On habite. On sait décliner la totalité des usages du verbe habiter, les livres nous l’ont appris. On ne sait pas combien de livres il reste, dans  les maisons d’aujourd’hui. On ne sait pas ce qu’ils font de leurs soirs, dans les maisons de la ville. Et quand tu dis à un ami le chemin pour rejoindre ta maison, tu le lui expliques comment, tu le lui dessines, tu griffonnes un schéma, tu donnes simplement la rue et le  numéro, à lui de se débrouiller ? Le chemin que tu fais si facilement, pour retrouver ta maison, tu crois qu’il est facile pour un autre, ou bien c’est simplement cela, la ville, vivre ensemble, raclés à égalité sur le sol nu de la terre. »

La carte du lieu considéré – ici l’IUT