Il était Midizan à Mimizan

Il était entre huit heures cinq et midi trente, mais je ne sais plus exactement s’il était plus huit heures cinq ou plus midi trente. Toute l’histoire reposait là-dessus pourtant, c’est bien embêtant.

Lorsque je suis descendu du train, avenue de la gare, il était trop tôt, il me semble, pour se baigner. Ce qui m’amène à penser qu’il était huit heures cinq.

J’avais envie de manger mais je me rappelle aussi m’être fait la réflexion qu’il était un peu tard, il me semble, pour un petit déjeuner. Ce qui m’amène à penser qu’il était midi trente.

Comme je ne suis pas tellement du genre à tenir compte des horaires, il me semble, je me suis dirigé vers la boulangerie Berdoulet, qui se situe sur l‘avenue de Bayonne. Je me demande si l’on vend encore des croissants à midi, mais si je me le demande que maintenant, c’est qu’il ne devait pas être encore midi au moment des faits. On va dire onze heures et demi.

Sur la route, je croisais la Cave des Gourmets. C’est ce moment que choisit ma mère pour téléphoner.
– Où tu es, Roger ?
– A Mimizan, maman.
– Et qu’est-ce que tu fais ?
Je regardais la liste des vins, mais allez dire ça à quinze ans (sans compter qu’il n’était même pas midi). Je regardais machinalement le nom de la rue à la recherche d’une idée de mensonge à raconter. Bingo j’avais trouvé :
– Je suis dans la rue du théâtre ! A me cultiver.
Elle aima l’idée, moi aussi.