Arsène râle.

Il  tousse et il lit; ça le concerne drôlement. Pour une fois, le site du sénat parle de lui. « Au cours de son audition, le professeur Got rappelait que « la connaissance sur le risque est bonne depuis environ 40 ans, que les moyens à mettre en œuvre sont décrits, que l’insuffisance d’une sécurité fixée par le taux de fibres dans l’air est reconnue et exprimée dès 1965 ». Il a ainsi souligné la discordance complète entre le risque documenté et l’attitude qui pouvait exister dans les entreprises, dans les pratiques professionnelles, pour essayer de réduire ce risque. Il y avait, selon lui, une acceptation du risque liée à une sous-estimation considérable de son intensité. » La santé décatie,  il vient de passer sa nuit plus malade qu’en mer.. En traversant le couloir il a bien cru être embarqué, tellement ça tanguait… Vivement qu’il ait moins de vésicule biliaire, mais il lui restera toujours le cholestérol en sus. Debout à 4h, impossible de rester niché, il a peur de mourir étouffé par sa toux si par malheur il s’endormait sur le dos. C’est cette bronchite, au rendez-vous chaque hiver, qui le secoue comme si sa toux voulait le briser, comme un ressac dans sa gorge, à l’intérieur grattée par ses ongles, dont les plaies se gorgeraient de sel. « Les deux veuves qui se sont exprimées ont apporté un témoignage particulièrement poignant. Elles ont insisté sur l’âge relativement jeune de leurs maris à leur décès, respectivement 59 ans et 50 ans, et sur les souffrances qu’ils ont endurées. L’une des deux veuves a dû assurer seule l’éducation de ses cinq enfants à 46 ans. » Ah ça! Des collègues, il en a vu s’en aller avant d’avoir pu profiter de la retraite, avant même de voir marier leurs enfants… Lui il est là parce qu’il n’a travaillé à l’Arsenal que cinq ans, et ça a suffit pour  lui empoisonné la vie. Il garde le cap, que veux-tu, sans se plaindre; il fallait bien travailler. Quand il y pense, les chefs n’étaient pas dans les parages quand ils s’échinaient dans cet étrange brouillard de poussière blanc. Depuis il doit prendre ces cachets qui  lui font du mal alors qu’ils sont censés le soigner, atténuer ce mal qu’il a attrapé au travail… Il aurait du s’écouter davantage, se promener davantage… Maintenant à cause de ce traitement, il a le foie comme alcoolisé chroniquement, alors qu’il n’a jamais été porté  plus qu’un autre sur la bouteille. « Elles ont exprimé le sentiment de gâchis familial et social engendré par l’amiante et qui n’aurait jamais dû survenir si leurs maris avaient travaillé ailleurs. Dénonçant le laxisme de l’ensemble des acteurs professionnels, elles ont souhaité un procès pénal de l’amiante qui permettrait de désigner les responsables, non par souci de vengeance, mais pour qu’un tel drame ne se reproduise plus jamais. » Est-ce que quelqu’un s’y intéresse? Ca chiffonne qui au juste qu’il s’étouffe et qu’il souffre? «  Les pathologies provoquées par l’amiante présentent des degrés de gravité et d’évolutivité très différents. Toutefois, selon le même rapport, « persistance du risque tout au long de la vie après la fin de l’exposition et peu ou pas de traitement médical curatif ». L’amiante est à l’origine de maladies bénignes mais aussi de maladies malignes particulièrement redoutables, les fibres retenues dans les poumons pouvant interagir localement avec les tissus et provoquer une inflammation du poumon et/ou du tissu qui l’enveloppe, la plèvre. » Il crache, il râle, il brûle. Le sénat connaît bien son cas mais il n’est pas certain que ça l’aidera.

http://www.senat.fr/rap/r05-037-1/r05-037-1120.html