Vous avez la carte U ?

Quand on est aveugle, nos sens sont décuplés.
Je ne suis pas aveugle, mes sens ne sont pas décuplés.

Cela ne m’empêche pas de sortir sourd des supermarchés. Pour faire vite, mon itinéraire est défini à l’avance : ça commence par le rayon pleurs d’enfants. « Non, tu n’auras pas ce jouet » hurle encore une fort une mère énervée.

S‘en suit des claquements de dents et des mains gelées. Notons que des mains gelées ça ne fait pas tellement de bruit, ce sont juste leurs propriétaires s’en plaignant qui m’irritent. Beaucoup même.

Le rayon glamour est clairsemé de « Chérie, ce rouge à lèvres est fait pour toi ». Là je n’y passe que vite fait, parce que des fois il y a de jolies choses à voir . Mais généralement non. Je ne parle pas de ce qu’il y a sur les étagères, plutôt de celles qui les vident.

Le bruit du plastique qui entoure le pain et celui du pain lui même qui croustille est difficilement reproductible. Je pourrais tenter un timide « scrumtch » mais sans ambition. Pourquoi personne ne se décide à prendre la première baguette qui passe sans en tester trois quatre autres avant ? (C’est là la genèse du couple)

Les personnes qui promeuvent un produit ne sont pas mal non plus « Goutez mon saucisson, il est très bon », je décline poliment et m’oriente vers les moules, c’est plus mon orientation. Le pire, je crois, ce sont les vendeuses de poissons. On les connait tous sur les marchés, moins bien dans les supermarchés. D’où son étymologie, « super » signifie « au-dessus », j’imagine qu’ici on parle du nombre de décibels qui se dégagent de leur bouche. J’en prends toujours, ne serait-ce que pour qu’elle ne crie plus pendant cinq minutes.

Je vous épargne les « clink » qui annoncent le montant des achats, les « bonjour » des caissières (que l’on ne souhaite que lorsque c’est notre tour, même si on est à son niveau depuis un moment).

La prochaine fois, je fais les courses avec mes boules Quiès, et je vous décrirai les odeurs.