Dévoiement passager

Disons que la construction s’est (sans doute) faite en plusieurs étapes.

La première est double. Jeux de cache-cache dans l’appartement paternel, le petit frère est derrière une cloison ou une commode ou une meuble enfin, nous sommes visuellement séparés. Le papa m’appelle moi, mon prénom tout seul et plus l’entité bouillie où nos deux noms se mélangeaient pour former une substance pâteuse, où je ne distinguais pas qui du frère ou de moi-même était quoi, quelle partie de notre duo nominal m’appartenait en propre.
C’est peut-être les nuits d’après ou celles d’avant, de toutes manières ça se frotte avec cette brusque séparation, un dragon orange brule la maison de la maman, elle meurt avec le frère, je suis seule dans la pelouse verte, je suis particulièrement seule.

Ensuite, deuxième positionnement nominatoire, les bêlements que Bellier autorise. Mais c’est très doux, c’est si facile comme rapprochement que même un enfant s’en lasse.

Et finalement on arrive au milieu, le deuxième prénom, Marie Jacqueline Yvette Gertrude Paulette Juliette, non, pourquoi pas Shanghai, réalisation soudaine que non, ce n’est pas une blague, mon second prénom c’est celui d’une ville chinoise et ça suffit pour que mon cheminement nominal se boucle, que l’identité officielle rentre en écho avec l’interne.

(C’est si flou, ça pourrait être un remix bouts de mémoires avec lambeaux d’inventions.)

Est-ce qu’on peut en finir aussi facilement ? Oublier tout les surnoms qui ne sont pas très innocents, tendres ou banals ou bâtards, ils laissent une petite croix derrière l’oreille. Quand on y pose le doigt on sent aussi la peau lisse, qui attend ses stigmates.