Mélanscholia

Dans cette longue rue large qui mène au Jardin des Plantes il y a mon école Elle s’étend sur deux rues, d’un côté rue Bosnières, de l’autre rue aux Juifs; Pour y accéder on passe soit par la rue Sophronyme Beaujour, si on vient du Jardin des Plantes, c’est plus direct si on vient de la rue du Chanoine Xavier de Saint-Pol ou bien si on descend le Gaillon. On peut aussi couper par la cantine, mais pas sans y être invité.

Le portail de la maternelle est dissimulé par la salle de jeux côté rue, dont les fenêtres sont les cadres où on suspend les échasses en plastiques multicolores, les cordes à sauter et les cerceaux. C’est le lieu de la gymnastique, des contes et des anniversaires. Si on longe le mur, il y a la grille bleue de la cour des grands qui ouvre sur le bâtiment le plus imposant, sur deux étages, avec quatre salles occupées à temps plein et deux pour l’art plastique et les langues étrangères, théâtres de récré sauvages. Un large préau lisse, où on jouait au foot, même mal, et une cour qui était un terrain dangereusement fréquentable, où les parties de basket se mélangeaient aux parties d’épervier, dans un charmant chaos, encerclé par des groupes de filles plus ou moins sages qui jouent à l’élastique ou s’assoient sur le muret, adossé à la barrière pour jouer aux cartes ou bavarder; Aux extrémités du préau, il y a à gauche la cantine, à droite le bureau de la directrice. Je n’ai fréquenté ni l’un ni l’autre. Au milieu les WC. En face du préau, un couloir vitré d’où les petits maternelles sur la pointe des pieds peuvent espionner les grands.

Derrière la cantine, côté rue aux Juifs, il y a l’école pour les CP jusqu’au CE2. Grillage avec vue sur la cour des maternelles dont les yeux pétillent d’admiration, dame qui fait traverser toujours souriante. C’est comme dans l’autre bâtiment mais en plus rassurant.

Il y a aussi ces buissons derrière lesquels on apprend à jouer aux cartes. Derrière le grillage fin, il y a la maternelle avec son bac à sable où on ne trouve plus charmant, une fois devenu grand, de voir le chat de la concierge se promener. Un toboggan, colossal pour ses usagers, trône magnifique et en dessous s’exerce une foire au sable fin ou humide. Il y a quatre classes, une pour chaque section, décorées très artistiquement et avec beaucoup de bonne volonté. Et puis il y a la salle de sieste, celle qu’on aurait aimé fuir, et qu’on regrette plus tard.