Et pourtant …

Ce soir, c’est LE soir. Premier concert. Enfin. Papa-Maman qui nous dépose moi et une amie devant un bar-concert plutôt classe d’où s’échappe des notes de jazz. Très « clean ». Le concert n’a pas encore commencé. Ouf. « Soyez bien sage ». Bien sur, bien sur. Une fois la voiture disparue au coin de la rue, on se précipite vers le bar miteux à l’autre bout de la rue.

Des crêteux et des gothiques s’agglutinent devant. On se sent un peu idiotes en entrant et en demandant les toilettes. Moins quand on ressort changées et maquillées, tout en noir, collant rayés et déchirés.
On se faufile entre les punks accrochés à leur bière. Arrivé au comptoir, on LE voit. Le chanteur. Celui du groupe qu’on vient voir. Celui avec ses cheveux en désordre, ses tee-shirts à textes et ses jeans troués. On a bien retenu la leçon. Même genre de tee-shirts, même trous aux genoux.
Il se penche et commande une bière au barman. Mon amie fait de même. On la boit en essayant de la tenir nonchalamment, comme lui, du bout de la main. On discute de musique avec un air inspiré pour se donner l’air important. On essaye de citer Sartre comme si on avait tout compris, et le marxisme comme si c’était une évidence. On regarde les gens « normaux » passer dehors avec condescendance, les plaignant de leur petitesse d’esprit.
Je me retourne pour jeter un oeil vers LUI. Une fille s’approche et l’embrasse. Une fille banale. Avec une tunique, un pantalon noir banal et les cheveux long et lisse. Une fille qui n’est sans doute pas marxiste comme LUI. Une fille beaucoup plus banale que LUI.
Et pourtant …