Un objet bien encombrant

Un objet… je ne sais si je peux qualifier ainsi cette chose que je trimballe. Il n’est pas très grands pour ce que c’est, pas très bien proportionné aussi, mais ça ne cesse d’évoluer avec le temps, alors je ne sais jamais trop à quoi il va ressembler dans peu de temps. Même en ce qui concerne les couleurs ce n’est pas facile à décrire. La coque est principalement d’une teinte pêche, même si elle vire parfois bleu, violet, noir, jaune, marron. Il y a dessus quelque touche de rouge, de blanc, de brun et de vert. C’est beaucoup plus simple de décrire l’intérieur au niveau chromatique. C’est uniformément rouge, avec tout de même quelques bandes blanches pour casser cette monotonie monochromatique.
C’est longiligne, avec formes plus ou moins rondes, et des extensions qui se segmentent et se ramifient.

Il me sert à tout. Absolument tout. Le même tout que tout le monde, mis à part quelques exceptions près. Oui, car il existe des nuances et des limites à son usage, dont je ne ferais pas la liste. Trop long, trop con. J’avoue que c’est bien pratique, sans ça, je ne pourrais rien faire. Néanmoins, le mien ne me permet pas de faire certaine chose dans lesquelles j’aimerai me lancer toute entière. Depuis que des engrenages et des articulations grincent terriblement, voir débloque complètement.
Ha si, il y a une fonction dessus que l’on ne doit retrouver que sur peu de modèle : il me signale dès lors que quelque chose ne va pas. Il m’envoie des signaux inévitablement désagréables, pour ne pas dire douloureux. Pratique non ? Il le serait bien plus s’il était capable de dire ce qui cloche…
Il me sert aussi de mémoire matérielle. Il conserve les traces de ma vie. Ce qui m’est arrivée, ce qui m’a marquée. C’est un tableau blanc sur lequel chaque évènement de ma vie, assez important ou assez violent pour cela, y laissa une trace au crayon indélébile. Je sais que j’ai beau tenté de les effacer, même à coup de temps et de patience, je sais qu’il en restera toujours une marque pas très nette ni très belle. Une fois, je me suis amusée à dessiner sur ce tableau. Deux dragons, enlacés et encerclés d’étoiles, formant un cœur au creux duquel grandit une lueur.

Si je l’ai, c’est grâce à mes parents. C’est à eux que je le dois, et je leur en suis profondément reconnaissante, car cela partait d’une bonne intention. C’était dans un besoin d’amour, le besoin de donner comme de recevoir qui les a poussés à me doter de cette chose encombrante. Je ne peux leur en vouloir si le produit à des défauts de conception. Ils n’y peuvent rien, et je ne vais pas les blâmer d’une chose dont ils ne sont pas responsables. Je lis déjà assez de chagrin et de culpabilité dans leurs yeux quand ils voient combien je peine avec leur cadeau.
Je le considère aussi comme un lien avec mon frère jumeau. Lui aussi a eu droit au même présent de la part de nos parents, cinq minutes avant moi. Papa et maman ont fabriqué le sien et le mien en même temps. Lui aussi à des problèmes avec celui qu’il a reçut. Bien plus graves que les miens. Après tout, le sien s’est éteint sans qu’on sache pourquoi, et on a eu du mal à le rallumer. Du coup on a ajouté au sien une pile, pour être sûr qu’il ne le lâche plus, et que mon  frère puisse encore en profiter.

À l’origine il était neuf. Mes parents l’avaient conçut exclusivement pour moi. Lorsqu’ils me l’ont offert, il sortait tout juste du moule. Tout beau tout neuf, pas la moindre rayure, pas le moindre défaut de conception apparent. C’est sûr que ce n’était pas non plus une nouveauté. Au risque de faire cliché, c’est un peu ce à quoi tout le monde a eu droit depuis l’aube des temps, et il n’a pas connu beaucoup d’évolution depuis tout ce temps. En tout cas pas ces derniers siècles.

Même si je l’ai eu à l’état neuf, je considère qu’il a quand même un passé sans moi. Après tout, il a quand même fallut plusieurs mois pour le concevoir.  Ce n’est pas rien plusieurs mois dans une vie.

Il découle de ceux de mes parents, surtout celui de ma mère.
Quand je le vois, je ne pense pas vraiment à grand-chose, ou alors à trop de trucs pour vraiment dire que j’y pense. J’y songe plutôt. Est-ce vraiment important, un songe, comparé à une pensée ?

Je me le trimballe partout et il me porte là où je veux me rendre, ou là où je dois me rendre. Même si dernièrement il a pas mal des ratés et commence à avoir des difficultés pour  m’emmener d’un point A à un point B. Ça fait trop longtemps pour que je me souvienne tous les endroits où je suis allée avec, et j’ai trop bougé pour m’en souvenir. Je sais m’être rendue en Angleterre, au Maroc, en Belgique et partout où je suis allée en voyage ou en vacances, le traînant toujours derrière moi ; avoir fait un nombre incalculable de fois l’aller-retour entre mon pays natal et ce qui est désormais chez moi ; avoir fait de nombreux trajets, pas toujours les mêmes, pour aller l’user au travail.

Pour me l’offrir, mes parents ont du dépenser de l’énergie, de la sueur, du liquide et pas mal de temps. Depuis il a fallut beaucoup d’argent pour le carburant et la décoration. Mais ce qui coûte le plus cher, c’est sans doute l’entretien, les révisions, les réparations. Sans compter toutes les fois où je l’ai traîné jusque chez le diagnosticien, pour ressortir sans savoir d’où venait le problème. Ça fait beaucoup d’argent dépensé là-dedans à force.
Je suis sûre de pouvoir retirer un bon prix des pièces détachées, même si je sais que certaines ont perdu près de la moitié de leur valeur depuis qu’elles se sont grippées.

Il compte pour moi, c’est indéniable. Je ne suis rien sans. Je ne serais plus si je venais à en être séparée. Même si j’avoue que je me séparerais bien de quelques morceaux, devenus trop lourds à trimballer, et qui me pèse de plus en plus sur le moral.

Malgré le fait qu’il devient de plus en plus dur à supporter, je ferai tout pour ne pas le perdre, même si je sais qu’un jour où l’autre, ça arrivera. Je ne peux pas le garder éternellement. J’ai bien eu par le passé des moments où je me demandais ce que ça ferait si je l’abandonné là, dans mon lit, au coin de la rue ou au bas de l’immeuble. Je sais que ce n’est pas forcément moi qui m’en débarrasserais. Quelqu’un, ou quelque chose, un jour viendra peut être me l’arracher. J’espère juste que ce jour viendra le plus tard possible.

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