En temps de Guerre

Mère,
On a traversé toute la France pour arriver ici et je t’ai choisi plusieurs cartes pour mes prochains envois. Ta douceur et ton sourire me manquent déjà, mais ne t’inquiète pas pour moi, fais plutôt attention à toi. Dis à Georges qu’il est l’homme de la maison maintenant et qu’il a pour devoir de protéger notre famille envers et contre tout. Embrasse aussi Méline pour moi, j’aurais aimé être là pour ses deux ans mais…
Peux-tu faire parvenir la lettre à Sarah ? Je t’enverrai des nouvelles très bientôt.
Ton fils

Mère,
J’avais demandé à Marcel de prendre cette photo le jour de notre départ. Tu vois, je suis bien entouré, tu n’as pas à t’inquiéter. L’air est peut-être chargé, il se fait peut-être de plus en plus lourd, la brume nous entoure peut-être de toute part, mais l’essentiel est que nous soyons ensemble. Tu comprends, mère, tout va bien car nous sommes ensemble.
Alors ne t’inquiète pas pour moi, prends plutôt soin de toi et des enfants. Il y a un temps pour tout, mais ce n’est pas le temps des larmes, garde espoir et ne pleure plus.
Je reviendrai.
Ton fils

Mère,
Tu n’avais pas l’air de me croire quand je disais que je reviendrai. Pourtant sois en certaine, je reviendrai ! Nous célébrerons mon mariage avec Sarah et je te ferai tournoyer comme sur cette photo. Georges se sera entichée d’une fille et Méline fera tourner en bourrique tous les gosses. N’as-tu pas hâte de danser avec moi ?
Je t’embrasse,
Ton fils

Mère,
Je suis ravi de voir un regain d’enthousiasme de ta part. Tu veux savoir ? Quand je reviendrai, je vous emmènerai tous à la pêche : les garçons, Méline et toi. Je suis sûr que tu apprécieras. Papa voulait t’y emmener tu sais, alors je le ferai à sa place.
Peux-tu donner les lettres à Georges et à Sarah ?
Je garde en tête ton doux visage et je m’en endors imprégné.
Ton fils

Mère,
Cette plage me fait penser aux douces journées que nous passions là-bas. Tu te souviens comme papa riait des frasques de Jean ? Comme Méline pataugeait, ses petits bras potelés fermement accrochés à ton cou ? Comme tante Anne embrassait oncle Charles sous les protestations de grand-mère ?
Quand je reviendrai, on ira tous à la plage, et on rira comme avant, tu verras.
Mère, peux-tu garder un œil sur Sarah s’il-te-plaît ? Elle me paraissait si triste dans sa dernière lettre. Pourquoi ne pas l’inviter à dîner ? Georges ira la chercher. Je serai plus rassuré de vous savoir ensemble…
Je t’embrasse,
Ton fils

Carte postales anciennes Chatel montagne

Mère,
Je te remercie de tout ce que tu fais pour moi.
Sais-tu pourquoi est-ce que j’ai choisi cette carte ?
Je l’ai choisi car même si le chemin est long et tortueux, il a une fin, et je reviendrai. Je te le promet. Tu t’en souviens que je te tiens toujours mes promesses n’est-ce pas ?
Tes lettres sont pour moi des véritables rayons de soleil, continue de m’écrire.
Et dis à Sarah de continuer elle aussi.
Je t’embrasse,
Ton fils qui t’aime

Carte postales anciennes Albepierre bredons

Mère,
Tu ne t’y attendais pas à cette vieille photo n’est-ce pas ? Je suis sûre que tu nous as reconnu : toi, à gauche, avec ta prestance à toute épreuve, aux côtés de tante Anne qui me tient la main, puis grand-mère tenant celle de père, et enfin oncle Charles. Nous pic-niquions près de la Cascade du Prapeçeu avec le reste de ta grande famille, d’ailleurs il me semble que c’est George qui prend la photo. Jean devait jouer avec notre petit cousin Paul et Méline n’étais pas encore née. Quand je regarde cette photo, je me dis que j’ai de la chance de vous avoir pour famille. On ne choisit pas sa famille, mais si on devait le faire, je n’aurais choisi personne d’autre que vous.
Tu m’as dis que je ne te parlais pas d’ici… Mais mère, ce n’est pas que je ne veux pas t‘en parler, c’est simplement que je n’ai pas envie d’en parler. La guerre, je la vis déjà une fois, pourquoi alors la revivre ? Ne m’en veux pas. Tu sais que je tiens à toi plus que tout, alors ne m’en veux pas.
Je t’embrasse,
Ton fils

Carte postales anciennes Bangor

Mère,
Bien sûr que je te pardonne, la question ne se pose même pas ! C’est plutôt moi qui te demandais pardon de ne pas pouvoir en parler, alors non, je ne t’en veux pas.
Et de toute manière, je ne pourrai jamais t’en vouloir.
Tu m’as arraché un long rire en me racontant cette scène avec Méline !
Tu ne peux pas savoir comme elle me manque. Comme vous tous.
Pourras-tu faire parvenir la lettre à Sarah ?
Dis-lui également de sécher ses larmes, je ne veux pas la savoir triste.
J’ai choisi ce rocher parce qu’il laisse place à l’imagination. Si tu l’observes bien, il peut se transformer en ce que tu veux voir. Moi, quand je le regarde, je pense à toi, embrassant Méline. Tu ne vois pas ? Le gros rocher à gauche; c’est le haut de ton corps, la partie qui touche le rocher du milieu, c’est ta tête. Et le rocher du milieu c’est Méline, dans son couffin (le rocher du bas). Laisse place à ton imagination.
Je t’embrasse mille fois.
Ton fils

Carte postales anciennes Bergerac

Mère,
En traversant le fleuve, le bateau arrive sur l’autre rive.
Souviens-t’en : en traversant les jours, je serai près de toi.
Dis à Georges que j’ai bien reçu sa lettre, je lui répondrai dès que j’aurai un moment.
Pour l’instant, je suis trop occupé.
A bientôt,
Ton fils qui t’aime

Carte postales anciennes Jumilhac le grand

Mère,
Si un jour Marcel arrive sur le pas de ta porte, ne prends pas peur. Si jamais il m’arrivait quelque chose, je lui ai confié la tâche de vous transmettre un paquet de lettres.
Quoiqu’il en soit, ne t’inquiète pas, il ne risque pas de m’arriver grand chose, je suis acharné, tu me connais. Néanmoins, les temps sont de plus en plus durs… Je crois que c’est bientôt la fin de la guerre. Mais ne le répète pas, je ne veux faire de faux espoirs à personne. C’est plutôt comme un instinct, je sens une fin…
Demain je t’écrirai une très longue lettre, comme tu les aimes. J’en écrirai aussi une à George, Jean et Sarah. Et une pour Méline aussi, elle la lira quand elle pourra le faire.
J’ai si hâte de revenir parmi vous.
Je t’aime tendrement,
Ton fils

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