Maux d’âme (2)

Aujourd’hui, il me faut me résoudre à faire le tri dans les affaires de mon père… 

Il est étrange de trouver ces vielles cartes, jaunies par le temps mais qui semblent suffisamment importantes pour être conservées… Je me demande ce qu’elles peuvent m’apprendre sur mon père. Il doit y avoir tant que je ne connais pas sur lui, pourtant si proche et cher à mon cœur… 

Al,  

Si seulement tu avais pu venir avec moi, que de raisons de t’émerveiller tu aurais eues ! Ce voyage que M. Grégoire nous avait suggéré est bien plus captivant qu’il ne pouvait le laisser paraître. Hier, Michel et moi avons passé une première nuit en Alsace. Aucun de nos arrêts précédents ne s’était vu gratifié par un accueil aussi chaleureux. Cette carte illustre parfaitement l’ambiance qui règne ici, même si une simple image ne saurait jamais retransmettre parfaitement un sentiment.

Si seulement tu avais pu venir ! Mais je comprends, la famille doit passer avant toute autre chose.

Toute mon amitié,

J.

 

Je pense que Michel doit être cet ami de Soâne et Loire qui venait parfois nous rendre visite lorsque j’étais enfant… mais qui est J., ça je ne sait pas. Ce pourrait-il que ce soit ma tante Jacinthe ?

Al,

Nous voilà maintenant un peu au Sud de Dijon, les paysages changent mais semblent perpétuellement aborder une même splendeur. Elle me rend presque poète… Michel a rencontré une charmante demoiselle la semaine passée alors que nous faisions quelques provisions sur un marché. Tu le connais, il jure que c’est l’amour, le vrai qui lui est tombé dessus…Je lui laisse encore quelques jours. Elle finira bien par l’envoyer flatter les vaches et nous pourrons reprendre notre chemin.

J’espère que tu te portes bien. Notre prochain arrêt sera à Lyon, j’espère y trouver de tes nouvelles.

Toute mon amitié,

J.

Dijon … Peut-être s’agit-il vraiment de ce fameux ami dont il me parlait avec tant d’affection. Cette femme dont J. parle… pourrait-elle être sa femme Lily ? Celle qui nous apportait des caramels ?

Mon cher Al,

A chaque ville, j’espère trouver des nouvelles qui n’arrivent jamais. Te portes-tu bien ? Peut-être le courrier arrive-t-il après nous, même si cela me semble peu probable. Écris-moi à Mont-de-Marsan, nous n’y seront pas avant un mois, mais cela laisse plus de chance de trouver de tes nouvelles. J’aimerais tellement partager toutes nos aventures avec toi. Tu vois cette carte par exemple ? La vieille femme qui me l’a vendue m’a raconté une histoire abracadabrante sur les prétendues origines de cette mort. Des contes pour faire peur au enfants sans le moindre doute, mais tout de même, j’enquêterai pour en savoir plus, même si je ne fais pas d’illusions quand à mes chances de percer un mystère que les meilleurs n’ont su élucider.

Amitiés,

J.

Il est étrange que mon père n’est pas répondu à ces cartes… je me demande si la poste est bien responsable. J. semble tellement tenir à lui et ce voyage si passionnant ! J’aurais voulu en savoir plus.

(carte 1 de 3)

 

Al,

Je suis en Aquitaine depuis un moment maintenant. Je poursuis l’enquête commencée près d’Eygurande. Je me suis arrêté dans plusieurs bibliothèques et librairies locales pour consulter des ouvrages sur l’histoire et les légendes de ces régions. Savais-tu par exemple que le fameux héros d’Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac lui avait été inspiré par un homme qui a réellement vécu quelques siècle avant lui mais que celui-ci n’était absolument pas de Bergerac ? Michel dit que je l’ennuie avec tous mes bouquins. Je crois qu’il m’en veut car nous ne restons plus suffisamment longtemps au même endroit pour qu’il puisse séduire qui que ce soit…

Mais d’où vient Cyrano, si ce n’est de Bergerac ? de Bordeaux, de Dijon, de Paris ?

(carte 2 de 3)

J’espère que ces cartes ne se sont pas séparées pendant le voyage, ou que l’une d’elle ne se sera pas perdue, sinon tu ne vas sans doute pas suivre grand chose à mes élucubrations… mais une carte était trop courte et je ne peux me résoudre à t’écrire une simple lettre quand il y a tant de choses que je veux te montrer. Laisse moi donc reprendre où je m’étais arrêté ; le mystère d’Eygurande. Je commence à me demander si la vieille dame qui m’a vendu la carte du fameux cadavre n’avait pas raison. Vois-tu, il existerait selon plusieurs sources, une malédiction remontant à plusieurs décennies. Une seule famille fût d’abord touchée, mais avec le temps, elle semblait frapper de façon plus inattendue, sans que l’on sache pourquoi…

Le mystère d’Eygurande ! Michel me racontait cette histoire lorsque j’étais enfant… Je sais pourquoi maintenant. J’avais toujours pensé qu’il s’agissait d’un conte quelconque. Peut-être en apprendrai-je plus dans le reste de ces cartes, le mystère pourrait finalement se résoudre

Quoi ?  Pas de carte 3 ? Où est la fin ?  La réponse à ce mystère ?

Al,

Michel m’a emmené de force avec l’une de ses belles dans une grotte. Il appelle ça un gouffre, mais personnellement je ne voit pas grande différence. C’est tout aussi creux, tout autant dans la roche et tout aussi froid. Je dois cependant avouer avoir trouvé une nouvelle définition au mot beauté. Je pensais pourtant en avoir fait le tour depuis notre grand départ. Son but en m’attirant ici était, je le cite ; « de me sortir de mes rêveries de bonne femme ». Il n’aurait pas pu plus mal faire. Du moins de son point de vue, car moi, j’ai trouvé de nouvelles sources prouvant que la malédiction ne se serait sans doute pas répandue au hasard. Plus raisonnablement, je pense qu’il s’agit en fait d’une maladie et non d’un mystérieux envoûtement  mais la piste n’en reste pas moins sérieuse. J’ai hâte de mieux comprendre toute cette histoire !

Amitiés,

J.

Une maladie me semble en effet plus probable qu’une malédiction pour expliquer ces morts mystérieuses… Si seulement J. pouvait en dire plus dans ces cartes !

Al,

Quel joie ce fut de trouver enfin de tes nouvelles, aussi brèves soient-elles, en arrivant à Mont-de-Marsan ! Tu me trouves soulagé de savoir que tu te portes bien. Pour ma part, je continue mon voyage en compagnie de Michel et depuis peu, de Paul, un Aquitain qui nous a rejoint, aussi enthousiasmé par mes recherches que par les tendances légères de Michel. Il est plus jeune que nous ; il n’a que 17 ans, mais lorsqu’on l’écoute, on lui en donnerait bien plus. Il a déjà vu tant de choses, mais je ne sais pas s’il me revient de t’en faire part. Peut-être le rencontreras-tu lorsque nous reviendrons.

Amitiés,

J.

Paul ? C’est étrange, j’ai l’impression que je devrais le connaître. Certes, c’est un nom assez répandu, et pourtant

Al,

Comme la dernière fois où je t’ai vu me semble loin ! Cela fait plusieurs mois déjà, j’ai parfois peine à le croire.

La mer est magnifique près de St-Malo, mais ce n’est rien, à ce que l’on a pu me dire, à côté des merveilles dont recèle la Bretagne. J’anticipe avec enthousiasme l’idée de me rendre sur la fameuse côte de Granit Rose. Ici aussi, les légendes sont nombreuses et recèlent de secrets qui ne demandent qu’à être dévoilés. Ce voyage est si passionnant. J’ai hâte de te faire lire mes carnets.

J’attends de tes nouvelles à Paris,

J.

Serait-il possible que ces carnets soient quelque part dans ces tiroirs poussiéreux ? J’aimerais en savoir plus

Al,

J’ai l’impression de découvrir le Cher alors que nous y sommes déjà passés. Les gens y sont si chaleureux !  Ce soir encore, une fête se tient au village où nous nous sommes arrêtés. Je suis certain que notre cher Michel saura trouver quelque consolation après ses dernières déconvenues sentimentales… Il me semble parfois qu’il ne sait pas aimer alors qu’il paraît toujours si passionné. Mais qu’y puis-je ? Tout le monde ne peut être comme nous.

Bientôt, nous serons réunis, dans l’attente, je continue de penser à toi et à tout ce que je vais pouvoir te raconter.

Affectueusement,

J.

Presque la dernière carte et toujours pas de réponse à mes questions… mais je pense que J. doit vraiment être ma tante Jacinthe. Elle a toujours été une grande bavarde, et si proche de mon père… 

Alaric,

Un an jour pour jour après notre départ, nous faisons de nouveau étape à Challon. Je ne pouvais pas protester, Michel voulait absolument revoir sa Rosalie. J’espère simplement qu’elle ne se sera pas fiancée entre temps, sinon la fin de notre périple risque d’être morose… Pour ma part, j’ai hâte de te retrouver. Nos longues discussions me manquent terriblement et si je ne saurais te reprocher d’avoir peu écrit, le seul regret que je garderai de cette année sera de n’avoir pu la partager avec toi…

A toi pour toujours,

James.

A toi pour toujours … James ?

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