L’ivresse des profondeurs

La première fois que je l’ai vu, je me suis noyée. Noyée dans ses yeux, noyée dans la couleur de sa tunique, noyée dans la ville.
Je l’ai croisé devant le parc. Endroit banale et vide, où les feuilles mortes créent des vagues de tristesse toute l’année, abandonnées par la ville. Je suis tombée dans ses yeux, au milieu de la rue. C’est bête, c’est stéréotype, c’est crétin. Mais c’est vrai. Tant d’auteurs ont écrit dessus que je pensais que c’était faux. Mais j’ai coulé à pic, et l’ivresse des profondeurs m’a prise. Tous les jours j’avais besoin de me noyer. Non pas par amour ou pour me sauver de je ne sais quelle bêtise. Pure auto-destruction que de plonger tous les jours passionnément dans un regard auquel je ne parlerai jamais.
Les mois passants, je venais au moins une fois par semaine sombrer dans le parc, les Yeux y amenant toujours ses enfants.
Parfois j’étais en voyage. Parfois je travaillais. Parfois je ne venais tout simplement pas. Mais à chaque fois que j’y allais, les Yeux était là.
Un jour, je suis venue à la même heure. Les Yeux étaient absents. J’ai attendu. Ils ont tardés. Je me suis assise pour la première fois sur un banc.
Les Yeux n’était pas là.
Et je patientais, sur ce banc sur lequel je ne m’étais jamais assis, à regarder bêtement son jumeau identique à côté de moi, vide.
J’ai guetté son arrivée.
J’ai cherché la noyade dans d’autres regards.
J’ai suffoqué. J’ai paniqué. Je m’asphyxiais hors de Mes Yeux.
Alors qu’ils ne m’inondaient plus, ne me submergeais plus, je ne respirais plus.
Alors je me suis levée, j’ai marché. Je ne suis jamais retournée au parc. J’ai laissé les deux bancs, jumeaux solitaires rester vide, alors que des Yeux autres les fixaient, sans jamais permette à quelqu’un de s’y abîmer.