Chers parents

« Arpagon, 28 janvier 1910

Chers parents,
J’ai bien reçu votre lettre et le petit collis. Je vous remercie beaucoup. Tant qua moi sa va toujours très bien. Je désire que ma lettre vous trouvent de même. Je ne sait pas maintenant quand je vienderait ? C’est bien niais que Marcel a attrapé une hernie. Au plaisir de recevoir de vos nouvelles.

Votre fils Henri »

 

« Bisous ensoleillés d’Arpajon ! ». Une multitude d’images aux couleurs splendides forment une mosaïque sur la carte postale. Sous un ciel d’un bleu époustouflant, les merveilles du patrimoine de la ville sont mises en valeur. Un château, une église, une bibliothèque, l’hôtel de ville dans un ancien bâtiment ravissant, un pittoresque petit marché, des demeures magnifiques. Le soleil est si éblouissant qu’on pourrait presque sentir la chaleur de ses rayons sur notre peau en regardant les photographies.

 

Voilà. La carte postale typique. Sans histoire. Juste des belles images pour faire joli. Pour rassurer les parents. Pour leur dire :

« Je vais bien ! C’est super ! Je m’amuse ! Tout va bien ! ». Tout va bien dans le meilleur des mondes. Un message clair, sans ambiguïté. Avec de magnifiques monuments historiques pour dire que je m’amuse en me cultivant – Je cherche encore un endroit intéressant dans cette ville ennuyante à mourir. Leur faire comprendre que le soleil est au rendez-vous – Oui si on cherche bien, on l’aperçoit derrière les innombrables nuages gris.

« Je ne vous oublie pas ! Loin des yeux ne signifie pas loin du cœur ! » C’est important de le leur rappeler ! – Sinon, ils seraient capables de me harceler au téléphone. Tous les jours. Et peut-être même de venir me chercher. Ils comprennent rien.

« Je ne sais pas quand je reviendrai ! » Pas le choix, Marcel est malade et c’est tellement super là où je suis ! – Pourquoi je serais venu dans cette banale banlieue si ce n’était pas pour leur échapper ? Pour rester loin d’eux. Le plus longtemps possible.

 

On peut dire que c’est ça qu’elle dit, ma carte postale. Dire que tout va bien. Qu’il faut surtout pas qu’ils viennent. Mais leur rappeler que j’existe. Peut-être qu’ils m’enverront de l’argent. Ou encore un colis. Et plus la carte est belle, moins j’ai à écrire. A prendre le temps de trouver de belles phrases, bien formulées comme il faut – faudrait pas qu’ils pensent que ça m’abrutit d’être ici. J’ai jamais été fort en orthographe.