Un passage

Il fait sombre. Pas comme la nuit. Sombre, mais assez clair pour que l’on voit. C’est juste une ombre. Pour être exact, plus on avance, plus il fait sombre. Mais au bout de quelques mètres, plus on avance, et moins il fait sombre. Il faut avancer d’une dizaine de mètres pour que ça s’assombrisse. Puis une autre dizaine de mètre pour que se retrouver complètement dans la lumière.

Les voitures passent. Au dessus. On en entend le vrombissement et le passage. Ça résonne, il y a de l’échos.Les voitures passent, à côté. Sur une rue à sens unique. Pas très large. Vraiment juste de quoi faire passer une voiture. D’un côté, elle est bordée par un mur de béton, gris et terne. De l’eau en suinte légèrement. Elle donne un aspect brillant à se surface. Elle goutte sur le bitume plus sombre de la route. Enfin pas tout de suite. Avant, elle tombe sur les petites touffes d’herbes éparses qui crève la croûte goudronneuse. Il y a d’autres touffes d’herbe. Pas au centre de la route. De l’autre côté de la rue. Sous une barrière de métal d’une gris froid. Le genre de barrière qu’on trouve en bord de route, ou sur les autoroutes, qui délimitent la route. Les touffes d’herbes forment aussi une petite barrière. Une barrière entre le goudron gris, presque noir, et la terre caillouteuse d’un petit chemin.

Cette terre rappelle le ciment. Le ciment mal préparé et grossier. C’est une alliage de terre anthracite, de poudre grise, et de petit gravier. Tassé et usé. Les graviers sont comme enfoncé dans la terre. La surface n’en est pas lisse. Elle est pleine d’anfractuosités. Elle n’est pas plane non plus. Plus creusée en son centre. De l’autre côté, l’herbe forme une autre barrière.

Une barrière qui tombe à pic. La pente est raide, à peu près un mètre de haut. Mais ce n’est plus l’herbe. C’est à nouveau du béton. A la surface rugueuse mais lisse.  Ce long muret plonge le pied dans l’eau.

Elle est grise elle aussi. On n’en voit pas le fond. C’est pas seulement du à l’ombre, car qu’on avance de dix mètres, puis dix mètres encore, elle reste grise. Elle ondule doucement. Jusqu’à ce que passe une péniche. Là elle s’écarte et se ride. Elle fait des vagues. Elle s’étend, sur une dizaine, peut être un quinzaine de mètres.

De l’autre côté, on retrouve le mur de béton qui a le pied dans l’eau. Il est gris. Plus sombre, humide, là où les vaguelettes l’ont atteint. Un autre barrière d’herbe le surplombe. Et par delà la barrière d’herbe, un autre chemin de terre anthracite. Puis encore quelques touffes d’herbe éparses qui forment une nouvelle barrière. Mais il n’y a pas de barrière métallique au dessus. Il n’y a pas de rue goudronnée de l’autre côté. Elles sont au pied d’un autre mur de béton gris. DE béton gris, mais qui n’est pas gris. Mis à part le vert de l’herbe, c’est la seule touche de couleur qu’il y a ici. Parce que ce ‘est pas gris. C’est une immense fresque. Un large graffiti qui recouvre le mur sur le dix mètres qui s’assombrissent, et les dix autres mètres qui amènent à la lumière.

Un large visage s’étend et regarde l’eau. Les couleurs qui le compose sont froides. Noir qui recouvre le gris du mur. Camaïeu de bleu, qui s’étire vers le blanc et le violet. Sous le visage blafard, un bloc de roche. A droite, un loup, une pleine lune, un ciel d’orage. A gauche, un satellite, un cosmonaute, une goutte qui crève la surface.

Et par dessus cette fresque, des tags. De couleurs criardes. Des noms, des signatures, par dessus cette fresque.