Séance 6 – exercice 2 – un lieu en marche (avec Philippe Vasset)

2. L’image sans image

Lecture d’un passage du roman de Philippe Vasset, La conjuration. (page 125)
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Ce qui se voit pendant une marche : Donner à voir par un texte uniquement descriptif et visuel, une avancée dans un paysage urbain ordinaire et ordinairement peu valorisé – ne rien céder à la toponymie, ne nommer les lieux qu’en toute fin de texte

Les textes sont ici.

Entre deux

C’est un lieu sous terrain, entre deux pourrait-on dire.

De chaque côté, de grandes portes vitrés, un espace plus moins grand selon le côté, donnant sur des tunnels sous la terre.

Deux univers semblables et pourtant différent se croisent à ses portes.

D’un côté, l’espace est recouvert de carrelage blanc du mur au plafond, éclairé par des néons au plafond. Des escaliers descendent, menant vers ses quai toujours aussi blanc et éclairé, puis ses tubes sombre a peine éclairé par de veilleuse. read more

Musée urbain

Pour accéder à ce lieu, plusieurs moyens sont possibles. Une grande pente nous y donne généralement l’accès la première fois. Cette descente initiatique s’effectue de manière rapide. En bas, nous sommes accueillis par un élément rectangulaire de pure technologie, capable de sentir notre arrivée et qui nous donne le ticket pour entrer. Ensuite, nous assistons au lever d’un tourniquet simplifié et entrons dans cet espace souterrain. A notre droite comme à notre gauche, nous découvrons une série de chiffres et de lettres rappelant vaguement des œuvres contemporaines telles que celles de On Kawara. Selon les périodes, nous pourrons voir différentes masses à la carapace à peu près identique rappelant elles aussi l’art contemporain et des artistes comme Arman. Elles varient de taille et de couleur ; leur emplacement est déterminé par des lignes prédéfinies. Au sol, des flèches blanches nous indiquent le chemin à suivre et des panneaux rouges nous rappellent les passages que nous ne sommes pas autorisés à traverser. Le bâtiment, entièrement gris, s’étend sur plusieurs étages, s’enfonçant progressivement dans les profondeurs terrestres. read more

La salle mystère

Il faut entrer dans le vieux bâtiment, un ancien hôpital. Déjà pour ça : il faut connaître, parce qu’avec les drapeaux qui flottent à l’entrée on a tendance à passer devant en croyant qu’il s’agit d’un tribunal ou quelque chose de la sorte. Pour entrer, il faut monter les marches, traverser le grand hall, puis la première cour. Quand on connaît les lieux, on l’appelle « cour d’honneur ». On se dirige en diagonale vers la gauche.

Là, il faut monter les escaliers qui se trouvent face à nous. Les marches faites de pierres beiges sont aussi vieilles que le bâtiment, on voit qu’elles ont été usées par les milliers de chaussures qui y sont passées, et le bout de chaque marche est cassé. Mais il faut monter quand même, les deux étages. read more

Place en effervescense

C’est une grande place au milieu de la ville. Tous les jours tu trouveras le marché à partir de 7 h 30 tapante. Entre céramiques, guirlandes d’oignons et fleurs en tout genre tu pourras rencontrer une vielle dame, elle marche ici et là sans but précis. Elle observe sans regarder. Elle regarde sans observer. Elle voit sans regarder. Elle regarde sans voir.

Si tu arrives du parc tu trouveras sur ta droite l’hôtel de ville et sur ta gauche une imposante demeure. L’hôtel de ville est fait de pierre, tu peux pas le rater avec ses trois drapeaux et son horloge qui, chaque heure émet un son si mélodieux qu’on croirait entendre les anges. Tout autour de cette place des maisons de couleurs vives et chatoyantes (pour, entre autre, briser le gris du ciel). read more

Un passage

Il fait sombre. Pas comme la nuit. Sombre, mais assez clair pour que l’on voit. C’est juste une ombre. Pour être exact, plus on avance, plus il fait sombre. Mais au bout de quelques mètres, plus on avance, et moins il fait sombre. Il faut avancer d’une dizaine de mètres pour que ça s’assombrisse. Puis une autre dizaine de mètre pour que se retrouver complètement dans la lumière.

Les voitures passent. Au dessus. On en entend le vrombissement et le passage. Ça résonne, il y a de l’échos.Les voitures passent, à côté. Sur une rue à sens unique. Pas très large. Vraiment juste de quoi faire passer une voiture. D’un côté, elle est bordée par un mur de béton, gris et terne. De l’eau en suinte légèrement. Elle donne un aspect brillant à se surface. Elle goutte sur le bitume plus sombre de la route. Enfin pas tout de suite. Avant, elle tombe sur les petites touffes d’herbes éparses qui crève la croûte goudronneuse. Il y a d’autres touffes d’herbe. Pas au centre de la route. De l’autre côté de la rue. Sous une barrière de métal d’une gris froid. Le genre de barrière qu’on trouve en bord de route, ou sur les autoroutes, qui délimitent la route. Les touffes d’herbes forment aussi une petite barrière. Une barrière entre le goudron gris, presque noir, et la terre caillouteuse d’un petit chemin. read more

Ce qui s’y passe…

Le crissement des pneus, l’odeur de gazole, la lumière feutrée… une scène de crime parfaite.

Un néon clignote, une barrière s’ouvre.

Un labyrinthe, tout est identique, on s’y range, on s’y perd.

On l’a mise où déjà ? E 13  ou J 16

Des graffitis, des mégots, une odeur de tabac froid.

Plusieurs  rectangles lumineux, vert, ils s’allument, ils s’éteignent, c’est par là la sortie.

Il pleut, on est a l’abris, il fait beau on est au frais. read more

Une rue peu empruntée

Une longue rue, presque avenue. Entourée de bas immeubles, de maisons. Quelques résidences. Beaucoup de voitures de chaque côté de la rue. En haut, un kebab. En descendant, on peut croiser une agence immobilière. Ou peut-être est-ce un magasin spécialisé dans l’assurance. En continuant de descendre, on croise un commissariat de police à sa gauche, et pas si loin que ça, une halte-garderie ou un centre de loisirs. Ou les deux. À ce niveau-là, il y a à droite, une résidence où un étudiant en 2e année d’Infocom réside. Et plus bas, au bout, un rond-point. Plus de mouvements, plus de voitures. Attention à la traversée du triple passage piéton. En levant la tête, la seule résidence universitaire de la ville. En tournant un peu la tête à gauche, une pharmacie et une banque. Alors, vous ne reconnaissez toujours pas la rue ? read more

Changement de décor

Changement de décor, d’un seul coup on débouche sur un chemin bitumé qui longe la rivière. On s’y engage pour remonter vers le centre-ville. Et là, très vite, à une cinquantaine de mètres plus loin, le chemin bitumé passe sous… un pont ! Un pont énorme, peu élevé, mais énorme : vingt mètres de large, il enjambe la rivière plus notre chemin de bitume. Ce pont c’est une route, une quatre voie, un périphérique. Il n’est fait que de béton. C’est une fois arrivé sous ce pont, car il faut bien continuer notre chemin, que tous les sens sont en éveil. Le lieu est peu accueillant, presque déshumanisé. On s’y sent en totale insécurité, pris ou même emprisonnée entre les eaux de la rivière, le mur qui sert de pilier au pont et au-dessus de nos têtes, à une dizaine de mettre, la circulation routière qui dans un vacarme assourdissant nous fait ressentir cette crainte de l’urbanisation grandissante, cette force sur-humaine oppressante, complètement en opposition par rapport aux merveilles qu’offre la nature. Le béton nous entoure, même la couleur des eaux de la rivière polluée nous évoque cette dureté bétonnée gris-marron qui nous emprisonne de tous côtés. Au pied du mur des vêtements sales restent à traîner par terre, étalée volontairement sûrement par des clochard. Une odeur de pisse mélangée au gaz d’échappements nous prend au nez. Ne pas s’attarder, continuer son chemin, espérer retrouver la civilisation, un paysage plus accueillant, un visage de la ville plus humain. read more