Exercice 2 – Voir horizontal (poèmes-paysages, avec Michael Batalla)

avec Michael Batalla, poèmes paysages maintenant (voir article ici) et Plein centre, texte paru sur remue.net.

Ici tout passe par le visible, la vision est panoramique, énumérative mais sélective : Batalla enregistre et note ce qu’il y a autour de lui.

Consigne d’écriture « remémorez-vous un lieu aimé de vous, même mal connu, même juste travaersé mais -aimé. Inventoriez, donnez à voir, de façon exhaustive et panoramique (procédant par cercles du plus près vers le plus loin) ce que vous parvenez à vous remémorez – pour ainsi nous en donner une image sensible ». read more

Atome

Un serpent à cornes  tinte et  freine à l’orée d’une forêt en béton.
Descente massive de fourmis.
Les yeux se posent partout sauf dans les yeux des autres.
Au bout de la rangée de boîtes à fumée montées sur donuts en gomme,
A droite une carotte qui clignote dans le noir.
A gauche un gros tronc en béton avec mille yeux
Ruban noir de bitume et plage de verre vert mélangé à la pierre.
Encore des boîtes à fumée et des troncs en bétons, et au milieu un pont plat peint en blanc.
Le nez en l’air les jambes glissent dans le doux tunnel vert et gris où percent la lumière des lampes à « dernière fois que tu rentres à cette heure-ci »
Un clope sur l’îlot, un peu planqué, les fesses là où normalement on s’adosse. Derrière il pousse de drôles de tiges où pendent des filets et on croirait souvent y entendre des battements de coeur. read more

Les phares étaient éteints

La fumée d’une cigarette s’échappe du cendrier plein. Le volant est légèrement dégoutant, y repose des restes de nourriture, et le siège sur lequel je suis assise est tâché par du Coca. Sur l’autoradio, les noms de musique défilent, toujours les mêmes, je vois qu’il ouvre la bouche pour chanter.

Le paysage ressemble à tous les autres mais il est vu à travers un pare-brise sale. Il y a un cygne dans la Loire, des arbres sur la droite, rien de précis à distinguer. L’herbe est jaunie sous les roues. read more

Auprès de mon a-arbreuh, je vivais zheureux… ♫

… J’aurais jamais du, le quitter des yeux. ♪

C’est un vieux moulin, dont l’histoire est riche. Tout autour de lui se sont construites des usines, des entrepôts. Lui, il reste là, immuable. De temps en temps, une classe de collégiens passe le visiter, pour leurs cours d’histoire. De temps en temps, des grands-parents traînent leurs petits enfants jusque là, pour leur montrer où ils ont travaillé quand ils étaient jeunes.

C’est un moulin à eau, différent de ceux qu’on imagine. Un léger ruisseau passe sous sa roue inactivée depuis bien longtemps. En vérité, il est construit en forme de maison, et habitait autrefois de nombreux travailleurs, qui cultivaient les champs alentour. Aujourd’hui il habite un musée. Derrière le moulin il y a des grandes cuves, vides. Elles avaient certainement un but bien précis, mais là, elles font tâche. Un petit abri en bois les surplombe. Ce petit abri ressemble à un abri-bus, mais il n’y a pas de bus. On y stockait des trucs, on s’y installait pour regarder l’eau défiler. read more

Naturellement délicieux!

En macro de mon regard :
un brin d’herbe,
puis un autre
et encore un
et une fête de brins d’herbe en bonne santé!

Ils viennent chatouiller un bout de couverture bleue foncée où le reste d’un baguette de pain dorée côtoie une mini boite de foie gras vide, quelques queues de fraises et un couteau ayant servi…

A quelques centimètres devant, un oiseau impatient se mêlerait bien à la réunion silencieuse.

Un peu plus loin derrière lui, se repose une rivière transparente.
Le soleil d’été en caresse la surface et ses brillances viennent taquiner le reflet vert des nombreux arbres qui longent la berge. Ils se chamaillent le bleu du ciel que l’on devine dégagé. read more

Plate-forme picturale

Des graffitis salis, rouges jaunes oranges roses mauves verts bleu beaucoup de jaune et pas mal de blanc souvent gris. Tous aplatis sur un mur entre brun et ferraille, de la mousse verte pétante ou blondasse décolorée qui tire sur le vert par dessus tout ça, des vieux clous tâchés d’ocre de rouille qui dépassent, des flaques sombres où notre visage se brouille avec les tags, elles se rident de vaguelettes quand on y pose le pied. Du béton derrière, à gauche, à droite là où on s’avachit à la vertical. Un muret qui bloque et qui libère, toujours en dégradé de brun doux à marron merdique de noir mica à gris galet. Dans ces parois des éclats du sable. Des blocs de pierres se dandinent par terre on jurerait qu’ils ont changé de place à chaque regard. Des buissons dans les coins, dépassant du muret, vert sombre et luisant, jaunis et secs. Du bleu du bleu du bleu du bleu mais même pas du bleu, du mélange qui pulvérise sans élégance ta conception du bleu marine, du bleu qui bave une écume beige, du bleu qui va se colorer à tout les râteliers : chez le verdâtre, dans le noir de chine, le matin brun, les reflets violets, le jaune du bec des mouettes et leur ventre pâle le survolent et s’y jettent. Les bouts de cotons gris au dessus, avec des bouts noirs comme pourris, de la dentelle blanche par pur chance pour sauver les nuages de la laideur. Une jetée qui dépasse dans l’angle, une langue tirée par la plage. Des fourmis en maillots de bains qui s’en vont rapidement, désertant la plage avant la saucée. Pas mal de bleu ciel pourtant au loin, qui arrive si vite que bientôt la transparence qui en tombe ne sera qu’une flaque de plus dans le blockhaus, un souvenir qui efface peu à peu les couleur de ses murs. read more

2€ le tour

J’aime être là.

Assis ou debout. Devant. Des bancs. Parfois vides. Souvent pleins.

Plus loin. Glace écrasée. Chichis tous chauds. Caramel cuit. Le regard concentré du vendeur. Une fumée qui l’entoure. Des enfants qui salivent. Des adultes timides. D’autres téméraires. La gaufre chantilly direct.

Plus haut, l’église. Une girouette. Souvent active. Des pierres qui murmurent. Des mouettes qui bavassent.

Plus bas. Des vélos rouillés. Des cirés jaunes. Un crachin coloré. read more

un changement

une boite aux lettres

des livres

des livres

des minis chaises

des fauteuils moelleux

des affiches colorées

pas d’affiches

des dessins

des livres en anglais

des livres en carton qui font du bruits

des livres sans images. Noir et blanc

des ordinateurs

des gens jeunes

des gens (un peu moins) jeunes

le bruit « bip » des douchettes

des quatre roues

des bipèdes

des bacs

des rayons

des tables

des tables

des doudous

pas de portable

les sourires chaleureux

une pendule

une réserve

un escalier

en haut « étage interdit » read more

Un endroit pas comme les autres

La rue principale. En face, un endroit vaste.

Sur la droite, une maison, grande, vieille, blanche, craquelée, avec des volets en bois en mauvais état.

Une petite véranda au vitres fissurées l’accompagne.

Une grande cours de cailloux gris la borde.

Plus au fond, un garage. Accolée à ce garage, une petite niche qui ne sert plus à rien.

Un petit chemin sur la droite de ce garage mène à un abris où les vitres sont toutes brisées.

La grande cours de cailloux gris poursuit son chemin le long de la niche. read more