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La boîte

Ma boîte à trésor. C’est ainsi que je l’appelais. Une simple boite rectangle, tenant dans la main, bricolée dans du Canson et scotché car j’avais oublié de lui faire des languettes. Plus petite que la paume de ma main. La première boite que j’ai crée, mon premier pliage.
Mais que pouvais-je en faire ? c’était bien trop petit ! Y mettre des pièces ? trop fragile. Mes dents de lait ? j’avais déjà un écrin.  Alors, j’ai trouvé. Mes Trésors. Avec un T qui veut tout dire, mais sans l’idée de ce que cela pouvait être. Après quelques paillettes collées sur le côté, j’ai commencé à réfléchir aux Trésors.
Déjà la boîte en soi en était un. C’était mon premier bricolage et ma sœur m’avait aidé exceptionnellement. Pour une fois qu’elle acceptait de faire quelque chose avec moi plutôt qu’avec notre ainée, c’était suffisant pour l’appeler Trésor. Mais d’autres idées de Trésor, je n’en ai pas eu. Alors, la boîte est restée sur mon étagère.
Avec le temps, elle a servi de minuscule vide poche de choses précieuses. Et sans m’en rendre compte, simplement en y mettant les petits éléments que je ne savais pas où ranger, j’ai fini par la remplir de Trésors. Les perles du bracelet que ma soeur m’as faite, les plumes d’anges que j’avais trouvé, le bout de pendentif brisé trouvé par terre, énigmatique, le brillant d’un solitaire cassé, les fleurs séchées d’un bouquet que je ne voulais pas jeter, la plume tachetée, les plumes d’écriture sans porte-plume.
Et sans doute un morceau d’enfance, bien coincé dans cette boite trop remplie, aux bords écrasés par son contenu.

Play-vie

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Dévoiement passager

Disons que la construction s’est (sans doute) faite en plusieurs étapes.

La première est double. Jeux de cache-cache dans l’appartement paternel, le petit frère est derrière une cloison ou une commode ou une meuble enfin, nous sommes visuellement séparés. Le papa m’appelle moi, mon prénom tout seul et plus l’entité bouillie où nos deux noms se mélangeaient pour former une substance pâteuse, où je ne distinguais pas qui du frère ou de moi-même était quoi, quelle partie de notre duo nominal m’appartenait en propre.
C’est peut-être les nuits d’après ou celles d’avant, de toutes manières ça se frotte avec cette brusque séparation, un dragon orange brule la maison de la maman, elle meurt avec le frère, je suis seule dans la pelouse verte, je suis particulièrement seule.

Ensuite, deuxième positionnement nominatoire, les bêlements que Bellier autorise. Mais c’est très doux, c’est si facile comme rapprochement que même un enfant s’en lasse.

Et finalement on arrive au milieu, le deuxième prénom, Marie Jacqueline Yvette Gertrude Paulette Juliette, non, pourquoi pas Shanghai, réalisation soudaine que non, ce n’est pas une blague, mon second prénom c’est celui d’une ville chinoise et ça suffit pour que mon cheminement nominal se boucle, que l’identité officielle rentre en écho avec l’interne.

(C’est si flou, ça pourrait être un remix bouts de mémoires avec lambeaux d’inventions.)

Est-ce qu’on peut en finir aussi facilement ? Oublier tout les surnoms qui ne sont pas très innocents, tendres ou banals ou bâtards, ils laissent une petite croix derrière l’oreille. Quand on y pose le doigt on sent aussi la peau lisse, qui attend ses stigmates.

 

La petite chose.

Je n’étais même pas là qu’on en parlait déjà. Me nommer. C’est une affaire sérieuse, ça vous suit toute une vie. Il vaut mieux que ça plaise, aux parents, aux sœurs et au frère, à la famille, bref, à vous aussi, si possible, mais ça on ne peut pas le savoir.

Quand est-ce qu’on m’a appelée? Je parie qu’avec mes dix jours de retard, ma mère m’appelait déjà pour éviter la césarienne. Et quand je suis née, sans crier parce que je m’étais emmêlée, je suis certaine qu’on m’a appelée en me donnant des petites tapes pour me réveiller.

Je parie qu’ensuite tout le monde a gazouillé en parlant de moi, on me l’a même écrit sur un bracelet ce prénom, mais je ne savais pas lire.

Ils ont du parlé de moi, tout ces gentils, au dessus de mon berceau, au dessus de mon front, au dessus de mes couches, à m’encourager, à me gronder, à me consoler et à me donner des petits surnoms qui m’embrouillent. Le bracelet de la maternité je l’ai gardé pour être sûre qu’on ne m’avait pas menti. J’ai cru un temps que je m’appelais autrement, tant mon surnom avait remplacé mon prénom. Sauf quand papa et maman se fâchaient Là, pas de doute. C’est de moi qu’il s’agit parce que ce prénom là, scandé comme ça, il retourne mon estomac et me fait me cacher sous le lit.

Comme quand mes sœurs s’énervaient après moi. J’aurais donné n’importe quoi dans ces moments-là pour ne pas m’appeler comme ça. Je ne sais pas quand on m’a appelée la première fois, parce que ce n’est pas vraiment important. Bouchon ou autre chose, je sais quand on parle de moi.

Je me souviens la première fois où on m’a demandé mon nom parce que c’est la première fois où j’ai quitté ma mère. Premier jour, première rentrée, première entourloupe. J’accompagne mes sœurs à l’école comme chaque matin mais cette fois-ci je ne rentre pas.

On m’abandonne, ou on me « confie », ça dépend du point de vue, à une femme brune, cheveux court, mèche en vague sur le front, l’air sympathique. Elle me demande comment je m’appelle, je lui réponds, elle vérifie sur sa liste. Accès autorisé. Et puis je dis comment je m’appelle à deux petites filles qui me le demandent.

Je m’en souviens surtout parce qu’avant je ne crois pas qu’on m’ait demandé comment je m’appelais : pas besoin, avec toute la marmaille plus grande que moi qui se chargeait de me présenter, de me brandir, de me cajoler ou de me disputer, moi, leur petite chose adorée.

Merci Charlemagne

École Jacques PRÉVERT
Un immense bâtiment divisé en trois parties :

Côté gauche : le temps de la vie en société commence, c’est la maternelle.
De l’autre côté, déjà un peu plus dur : le primaire et le devoirs nous tombe dessus.

Tous les deux possèdent une cours, différente selon l’âge.

La maternelle possède une cabane en bois, des balançoires et autres divertissements pour enfants.
Du côté des plus grand, une cours avec deux préaux, une marelle et un grand terrain multifonction (en effet il est à la fois terrain de foot, de basket et de hand; ingénieux non ?)

Mais une chose les unie : la cantine.

Une entrée principale, commune aux deux parties, avec à l’entrée une petite place pavé de vieilles pierres blanches. Et un milieu : un seul grand lampadaire ( mon frère s’est d’ailleurs ouvert l’arcade, aidé de son charmant camarade qui l’a projeté violemment. Merci !)

A première vue, un bâtiment peu attirant.
Mais les rires d’enfants qui s’en dégagent nous font oublier les apparences.( se moquent-ils du sol vert pétant situé dans tout le    bâtiment ?)

Une vie d’insouciance, bien loin de moi aujourd’hui.
Mais pourquoi le cours de la sieste a t-il été supprimé alors que j’en ai temps besoin aujourd’hui ?

 

 

 

 

Saut de puce

De la poussière qui sèche la bouche, un peu, partout. On traverse les cours comme les âges ; celle du milieu les bébés, ils morvent ils chouinent, ils ont eu un bac à sable qui est partie en douce pour « respecter les normes de sécurité ». La cour du bas, l’école est sur une pente assez violente, la cour du bas pour l’entre-monde, plus vieux mais pas encore trop. C’est ici que la poussière se déploie, nos replis de tissus et de peaux sont ses lieux de sieste. Avant, on avait un faux château en bois avec trois ou quatre tourelles reliées par des pontons à trou et de la dernière tourelle à droite en regardant de l’école on ne pouvait descendre que par une barre lisse en métal brulant pour les mains qui y glissent et pareil, disparu pour que ces petites normes de sécurité se fassent respecter. Du coup tu te rabats sous le préau immense où tu te cogne maintenant quand tu passe à la kermesse des petits, sauf que l’école est vide, les normes ont frappé sec cette fois, tout est désert, en attente, on peut y entrer sans craindre la concierge aux cheveux rouges courts qui habitait dans la cour du haut. En haut, pour les grands, dernière étape avant le collège, avec pour seul décor un panneau de basket interdit. Élevage intensif d’escargot sur les fenêtres de la cantine, un recoin en face au bout entre les salles de classes et la bibliothèque, ici tu t’ouvre la joue dans une bagarre contre les filles et le médecin te recoud dans le bureau du directeur, lieu de pouvoir avec une vitre qui donne sur la rue dehors, tu dira aux autres que t’as pas eu mal, en pleurs sur le fauteuil-rouge-le-plus-confortable-de-tous quand l’aiguille zigzaguait tranquillement. La grille verte de la cour du haut, le petit portillon blanc pour celle du milieu et en bas, une porte enchâssée qui débarquait direct sur le préau, les trois trouées qui te transvasaient de la rue à l’école et vice-versa. Passer d’une cour à l’autre sans sortir c’était seulement pour les grands, ou alors quand on devait aller donner un cahier rouge à une maîtresse en bas, tu franchit les grilles comme si c’était banal, mais tu te sens tout de suite plus important. En face de la bibliothèque (la cour du haut tu te rappelle) un arbre énorme, énorme au point que tu pense énorme avec des majuscules, toujours le fantasme d’y grimper, et ensuite de sauter de toit en toit loin des carrés et des crayons, hors de portée de la poussière.

Petits souvenirs d’une tendre enfance

Sous le préau, des lianes se mêlent au rhinocéros. L’animal sourit aux enfants, peu intimidés de le trouver là. Certains, plus peureux, s’imaginent qu’il sortira un jour de la peinture murale. Il est si imposant comparé à eux.
A côté de la bête, il est possible de se divertir à la marelle. Une grande, chaque case fait approximativement cinq fois le pied de l’un des joueurs.
Il y a aussi un toboggan, de 40 mètres de haut vous dira n’importe quel enfant. Un bac à sable tellement profond qu’il est directement relié à la Chine.
La cour de récréation est bien l’élément le plus important d’une école primaire (point de vue partagé par tous ses élèves en tout cas). Le reste se résume en quelques mots : murs en brique pour « les grands », préfabriqués pour les « petits », le tout formant un majestueux L avec tous les jeux au milieu. Les toilettes se situaient à l’extrémité des préfabriqués, assez loin des murs en brique pour que se produisent parfois des « accidents ».
Le tout est entouré d’herbe verte l’été et jaunie l’hiver, d’une route face au portail vert de l’entrée mais qu’il ne faut absolument pas traverser.

Untitled

 

Quel est le lien entre ces 2 images ?

Cela fait plus de 1/2 h que je me creuse ma petite cervelle pour éviter a tout prix la page blanche. Les bonbons de mon enfance, une poubelle brûlée : ?

Mais a aucun moment je n’est pensée qu’il ne pouvait ne pas avoir de liens justement.
Alors me voilà en train de bavasser juste pour être sure d’avoir quelque chose a dire.
La panne d’imagination, tel fut mon problème de l’exercice d’aujourd’hui.